Quatorze ans. L'âge où j'ai cru découvrir l'amour. C'est fou ce que l'amour peut nous rendre stupide et aveugle. Ce sentiment, on le connaît, pour la plus part, dès l'adolescence. In ne peut pas y échapper et c'est là où tout se construit. C'est à ce moment que l'on contrôle sa vie, sa destinée. Mais si, pendant cette étape de la vie, tout dérapait, est-ce qu'on se remettra dans le droit chemin à temps ? Finalement, tout se base sur l'amour. Que ce soit d'un proche, d'un ami ou de la personne avec qui ont vit. Si l'on est déçu par l'un de ces amours, cela peut faire basculer totalement notre vie si paisible jusqu'à lors...
L'adolescence... Les meilleurs moments de notre vie se passent pendant l'adolescence ou, dans certains cas, les pires. On ne sait jamais où l'on va tomber. On a l'impression que tout est fait de mystère car on a du mal à tout comprendre ce qu'il se passe autour de nous. L'adolescence est un mystère dont trop de gens n'ont pas réussi à y survivre. Beaucoup trop de jeunes se sentent perdus, sans repères et sans aides. Pour eux, c'est une étape trop difficile à surmonter, peut-être même impossible. Heureusement, pour d'autres, l'adolescence est le plus beau moment de leur vie. Ils y ont connu leur premier amour et en gardent de magnifiques souvenirs. Il y en a même, parfois, qui regrettent que le temps se soit écoulé si vite.
Pour ma part, l'adolescence est tout cela en même temps. On n'a pas le courage de vivre quand quelqu'un ou quelque chose se met en travers de notre route, mais, en même temps, il se passe tellement de bonnes choses qu'on y retrouve parfois goût à la vie, sans doute avec un peu d'aide. L'amour tue... Oui, l'amour peut tuer lorsqu'on se sent seul, que personne ne veut de nous. Il peut tuer quand la personne que l'on aime veut mettre fin à la relation, ou quand cette personne part au bout du monde pour de longs mois d'attente. Ou bien, il peut tuer simplement quand on aime quelqu'un mais sans rien avoir en retour ou quand on est maltraitée ou abusée par l'homme que l'on croit aimé. Pour certains, ce n'est pas grand chose et disent que c'est impossible d'en souffrir. Mais qu'en savent-ils vraiment ? Ils ne sont pas dans la tête de ces gens-là pour savoir ce qu'ils ressentent. Il faut l'avoir vécu pour comprendre ce que l'on ressent. Rien n'est facile dans la vie et l'amour l'y est encore moins.
Aujourd'hui, il y a beaucoup trop de gens qui souffrent à cause de l'amour. Mais pourquoi ? N'est-ce pas un sentiment qui est censé nous combler de bonheur chaque jour ? N'est-ce pas un sentiment qui devrait nous permettre d'oublier toutes les peines que nous apportent la vie en général ? On a beau dire ce que l'on voudra, mais l'amour est le seul sentiment qui amène presque tous les défauts et qualités au cours d'une vie. On peut être à la fois rancunier, violent, stupide, soumis, doux, romantique, rebel, jaloux, généreux... Et j'en passe ! Je ne connais pas d'autres sentiments qui puissent amenés ces deux catégories-là en même temps.
Par une belle journée de juin, ma meilleure amie, Cécilia, et moi avons décidé de rejoindre notre meilleur copain chez lui. On ne savait pas encore ce qu'on allait faire mais j'étais persuadée qu'on allait s'ennuyer, comme d'habitude. La chaleur était insupportable, il nous était impossible de bouger dans le village. Combien de fois avons-nous espéré qu'il pleuve ? Juste une journée, rien qu'une... Mais non ! C'était la canicule totale ! Et bien sûr, aucune piscine à l'horizon. La vie est vraiment injuste parfois...
Bref, à peine arrivée chez Julien, notre meilleur ami, il me sauta dessus en criant :
- Marion ! J'ai une belle surprise pour toi !
Imaginez mon excitation... Je n'arrêtais pas de le harceler pour savoir qu'elle était cette fameuse surprise. Mais rien n'y fait, il était muet comme une carpe. Impossible de dénicher des indices. Alors j'ai attendu, attendu, attendu... C'était bientôt l'heure de rentrer et je n'avais remarqué aucun changements durant l'après-midi. J'étais très déçue, je pensais qu'il m'avait oublié. Mais dix minutes avant de remonter à l'arrêt de bus pour repartir chez nous, Julien appela son meilleur ami sur son portable pour qu'il vienne nous rejoindre. Je me demandais ce qu'il nous cachait. Il avait un regard coquin, comme s'il préparait un coup. Mais jusqu'au dernier instant, il n'a rien voulu nous dire. Quand tout à coup, je vois arriver un jeune homme sur une motocross jaune. Et cette moto, je l'avais reconnu ! C'était le fameux homme de mes rêves ! Celui que j'avais apperçu à la sortie de mon collège et sur qui j'ai flashé dès que j'avais croisé son regard ! C'était un garçon doux, affectueux, généreux, attentionné... Bref, je lui trouvais toutes les qualités possibles rien qu'en le regardant. Un beau jeune homme brun aux yeux bleus clairs. J'étais en train de vivre le plus beau des rêves. Je n'en revenais pas.
Quand ce garçon, Mickaël, descendit de sa moto et se dirigea vers nous pour nous dire bonjour, j'ai bien cru que mon coeur allait lâcher ! J'ai tout de suite su que j'étais tombée amoureuse de lui, ça ne faisait aucuns doutes ! Les minutes passèrent vite et je n'avais pas entendu une seule fois la voix de Mickaël. D'ailleurs, moi non plus je ne disais rien. Nous étions deux grands timides qui partageaient de délicieux regards complices. Je n'imagine même pas combien de fois j'ai pu rougir ce jour-là. J'étais tellement mal à l'aise. Il me regardait, d'accord, mais rien ne disait qu'il voulait sortir avec moi. J'avais tellement peur de ne pas lui plaire. Je n'avais que quatorze ans et lui en avait seize.. Je me disais que j'étais trop jeune pour lui donc, que je ne pouvais pas l'intéresser. Puis, j'ai décidé de ne plus me poser de questions et de laisser faire le temps.
Comme je disais, les minutes passèrent très vite. Quand ma mère est venue nous chercher à l'arrêt de bus de leur village, j'ai cru que je n'étais restée que cinq minutes seulement auprès de Mickaël, mais en réalité, ça faisait une demi-heure qu'on se lançait des regards ! Ma mère était en retard. Décidément, le temps passe beaucoup trop vite quand on est avec ceux que l'on aime. J'ai invité Cécilia à manger et à dormir chez moi le soir même. Il fallait bien que je lui raconte tout ce qu'il s'était passé dans ma tête et dans mon coeur pendant ce court instant où j'étais en compagnie de mon prince charmant. Et la nuit fut très longue. Il m'a bien fallu trois heures pour lui expliquer tous les frissons qui me traversaient le corps pendant ces longs regards partagés avec Mickaël, toutes les palpitations de mon coeur qui était au bord de la crise quand je le voyais sourire, toutes les envies qui me passaient par la tête à chaque fois que je regardais ses mains...
J'étais tellement pressée d'être le lendemain pour le revoir. Dès que je l'avais quitté, je n'ai cessé de penser à lui. J'étais surexcitée... Surtout quand il m'avait envoyé des messages à trois heures du matin pour m'annoncer qu'il avait hâte de me revoir, lu aussi. Après ça, comment pouvais-je dormir ?
Les jours passèrent et je me liais de plus en plus d'amitié avec Mickaël. On arrivait, à peu près, à se parler, mais toujours avec autant de timidité. Je l'aimais de jour en jour. Il me faisait tellement rire avec ses expressions bizarres de ce qu'était la vie. Il avait un si beau sourire. N'importe qu'elle fille aurait craqué ! Je ne voyais plus que lui. Pour moi, les autres garçon n'existaient plus. Je l'admirais le jour et rêvais de lui la nuit. Je le trouvais si différent des autres mais je ne savais pas pourquoi. Plus on passait de temps ensemble, plus on s'appréciait. C'était magique.
Pendant une semaine, il m'envoyait un message chaque jour pour m'annoncer qu'il aimerait me dire quelque chose mais qu'il n'osait pas. Je me doutais bien de quoi il voulait parler. J'étais sûre qu'il voulait sortir avec moi, mais en même temps, j'avais peur de me tromper, donc j'ai préféré attendre qu'il fasse le premier pas. Au bout d'une semaine, ses messages devenaient lassant. Il me disait toujours la même chose mais il ne m'aouvaient rien. Chaque jours, j'attendais qu'il me dise mais il était vraiment trop timide.
Au bout de quelques jours qui suivirent ses messages révélateurs, il avait l'air décidé à me dire ce qu'il ressentait pour moi... Cécilia et moi sommes allée chez Julien, comme d'habitude pour les retrouver. Ils nous ont rejoints en haut de leur cour. Julien s'est arrêté en plein milieu mais Mickaël continuait d'avancer dans ma direction. Alors Cécilia s'est avancée pour aller vers Julien. Je ne savais plus quoi faire. Mon coeur battait à cent à l'heure. J'avais compris pourquoi il n'y avait que lui qui s'avançait vers moi et ça me terrorisait. Le plus beau garçon que j'avais vu de toute ma petite vie allait me demander de sortir avec lui. Je n'arrivais plus à réfléchir. Tout s'emmêla dans ma tête.
Le moment arriva. Il me tendit la main et me posa la plus belle question qui existe sur cette terre : "Tu veux sortir avec moi ?". Je n'ai pas réfléchi longtemps pour lui répondre oui. Je crois même que je n'ai pas réfléchi du tout. On s'est embrassé sous le regard moqueur de nos deux amis . Ils ne se gênaient pas pour rigoler mais peu importe, ce qu'ils pouvaient dire ou penser ne me touchait pas. J'étais en train d'embrasser l'homme de mes rêves, rien ne pouvait gâcher ce magnifique moment. Toute l'après-midi, il m'a prise dans ses bras, m'embrassait, il ne me quittait pas une seconde. Je n'arrivais pas encore à me faire à l'idée que j'étais avec lui. Ce rêve était impossible pour moi. Malheureusement, ce premier jour d'amoureux n'a pas duré longtemps. Il devait partir au code pour la conduite accompagnée. Je suis rentrée chez moi, avec Cécilia, vers 16 h 00, après un long baiser d'aurevoir. On était quand même resté collé l'un à l'autre pendant quatres heures. Ce furent quatre heures vraiment inoubliables. Un pur rêve pour une fille très romantique et amoureuse.
Quand je suis rentrée, Mickaël m'a envoyé une tonne de messages sur mon téléphone pour me dire qu'il m'aimait, que le temps passe trop vite quand il était avec moi, qu'il pensait tout le temps à moi, qu'il était pressé de me voir... Bref, que de beaux mots que je relisais tous les soirs avant de me coucher.
Le temps passe, et les jours aussi. Ca faisait déjà deux semaines que j'étais avec lui et c'était comme au premier jour. J'étais comblée. Rien ne pouvait me rendre malheureuse, ou presque... Un jour, Julien m'a annoncé que ma relation avec Mickaël n'était autre qu'un pari entre eux. J'étais enragée. Ils ont parié sur moi, sur mes sentiments. Ils ont joué avec mon coeur. Je n'arrivais pas à leur pardonner. Je les ai détesté pendant plusieurs jours, surtout Mickaël. Au bout d'un moment, Mickaël m'avait dit que le pari ne comptait plus, qu'il m'aimait vraiment et qu'il voulait qu'on continue ensemble. Mais comment pouvais-je le croire ? Il m'a menti dès les première semaines, je ne voyais pas comment je pourrais lui faire confiance après. Et puis finalement, l'amour l'emporta. Je l'aimais tellement que j'ai fini par le croire et je suis ressorti avec. L'amour rend débile parfois. Je n'aurai jamais dû lui pardonner mais ce qui est fait est fait. On n'efface pas le passé. Notre histoire avait mal commencé, elle devait forcément mal se finir. Je savais qu'il était sincère pour cette fois. Je le voyais à sa façon d'être avec moi. Il était dix fois plus doux et attentionné qu'au début. J'avais juste peur pour le futur. Pour notre futur.
La vie était tellement belle avec lui. Je ne pensais plus à ce qui m'ennuyais, tout était beau. Quant à Julien, je l'ignorais quand il venait me demander des conseils pour draguer des filles. Je sais que ce n'était pas très gentil de ma part mais, j'avais pas oublié son stupide pari avec Mickaël, je ne voulais pas l'aider et d'ailleurs je ne l'ai jamais fait. Il avait beau l'air gentil, affectueux et confiant, Julien cachait une partie sournoise au fond de lui. Ce que je détestais par dessus tout.
J'ai vécu des jours de rêves avec Mickaël, qui sont devenus des semaines, puis des mois. C'était mon premier petit copain et je pensais bien que ce serait le dernier. Je nous voyais déjà en appart. Je m'étais imaginée tous les détails de notre vie ensemble. Des meubles de l'appart jusqu'aux prénoms de nos enfants. Et au fil du temps, on l'imaginait ensemble. Mon amour était réciproque. Il était fou de moi et j'étais folle de lui. Tout allait pour le mieux.
Six mois se sont écoulés. Six mois de bonheur. Je ne pensais pas que quelque chose pouvait nous séparer. Et pourtant, tous les rêves ont une fin.
Un après-midi de mars, Mickaël, Julien, Cécilia et moi sommes allés au-dessus d'une falaise, là où le soleil tapait. Il faisait assez chaud ce jour-là, on en a profité pour boire quelques bières. On s'amusait comme des fous mais quand les bières commencèrent à manquer, on ne savait vraiment plus quoi faire. Le soleil nous assomait. On avait presque envie de dormir. Mickaël décida de fouiller dans mon portable. Je le laissais faire vu que je n'avais rien à cacher. Je me doutais bien qu'il regardait mes messages. Puis, d'un seul coup, il m'a redonné mon téléphone, s'est levé et il est descendu de la falaise sans rien dire à personne. Quand j'ai regardé mon portable, j'ai vu le fameux message qui l'avait ennuyé. Je l'avais écris pour un ami où j'avais marqué à la fin : "je t'adore". J'avais tout de suite compris qu'il croyait que je le trompais. Je me suis retournée pour le regarder partir. Il s'est retourné aussi et m'a lancé un regard froid, cruel. S'il avait des balles à la place des yeux, j'aurai été tué sur le coup. Quand je ne le voyais plus, je me suis effondrée en larmes. J'avais l'impression que tout s'écroulait devant moi. Plus rien n'avait de sens. Cécilia a accouru vers moi et, en lisant le message, elle avait tout de suite compris ce qu'il s'était passé, je n'avais pas besoin de dire quoi que ce soit. Je ne sais même pas si j'en avais la force. Mais comment pouvais-je savoir que ces trois mots signifiaient plus que de l'amitié pour lui ? Cet ami en question était juste un très bon copain. Jamais j'aurai pu tromper Mickaël. Quand je me suis ressaisie, j'étais bien décidée à le lui faire comprendre. Je l'ai cherché partout dans le village mais je ne le voyais nul part et il n'était pas chez lui. Quant à son portable, il devait être étteint, je tombais tout le temps sur le répondeur. J'avais tellement peur qu'il me quitte, il fallait que je trouve une solution, mais laquelle ?
19h00. Je suis rentrée chez moi en sanglots. Mes parents s'inquiètaient pour moi. Ils me harcelaient de questions. Et comme d'habitude, je les envoyais ballader. Je ne les respectais pas. Ca n'allait pas du tout avec eux. J'ignorais mon père parce que j'avais honte de lui. Quant à ma mère, à chaque fois que l'on se parlait, on se prenait la tête pour des bêtises. Je la détestais.
Après avoir mangé, je suis allée sur internet en espérant que Mickaël soit connecté pour que je puisse lui expliquer la vraie version de l'histoire. En effet, il y était mais pour m'annoncer qu'il ne voulait plus qu'on sorte ensemble. Et avant même de pouvoir dire quoi que ce soit, il s'était déjà déconnecté.
Les larmes coulèrent de plus belle le long de mes joues. Je me sentais anéantie. Je n'avais qu'une seule envie : MOURIR ! Mais je gardais quand même encore un petit espoir. Je suis vite allée dire à ma mère qu'il fallait absolument qu'elle m'emmène chez lui. Je ne lui avais rien expliquer. Je n'en voyais pas l'utilité. Elle s'inquiètait beaucoup pour moi mais ça m'était égal. Je crois même que je l'ai fait pleurer.
Arrivées chez Mickaël, je suis allée frapper à sa porte avec un peu d'anxiété. C'était son père qui est venu m'ouvrir et m'a dit qu'il venait juste de partir rejoindre ses potes. Je suis partie en glissant un tout petit : "merci, aurevoir". Je ne savais pas quoi dire. J'arrivais à peine à parler. Je n'étais pas trop étonnée. Je suis donc repartie à la voiture, en éliminant encore plus les larmes de mon corps. On était restée un moment devant chez lui car ma mère voulait à tout prix savoir ce qu'il se passait entre nous. Je lui ai simplement répondu : "C'est la fin". Je faisais illusion à ma relation et à ma vie. Mais elle ne pouvait pas comprendre. Je gardais les détails pour moi. Le père de Mickaël avait remarqué qu'on était toujours là et est venu nous rejoindre à la voiture pour nous proposer de venir boire un café. Il devait sans doute s'inquièter pour moi, lui aussi. Ma mère accepta. Tout le monde était là, sauf Mickaël. Sa mère l'appela sur son portable pour qu'il rentre. Elle lui avait juste dit que quelqu'un voudrait le voir. Mais je pense qu'il savait très bien que c'était moi. Je n'ai pas eu à attendre longtemps, en cinq minutes il était déjà là. Je n'osais pas le regarder. Pourtant je n'avais rien à me reprocher, je n'avais rien fait de mal. Mais je me sentais coupable de ce qu'il se passait. Il s'est approché de moi et m'a proposé d'aller parler dans sa chambre, qui était à l'étage. Je n'arrivais pas à arrêter de pleurer. Je me disais que c'était perdu d'avance. J'avais peur qu'il ne me croit pas. Je me suis expliquée pendant une heure. Si ce n'était pas plus. Je me répétais sans cesse en lui disant qu'il n'y avait que lui dans ma vie, que l'autre garçon ne comptait pas pour moi, que ce n'était qu'un ami. Je l'ai supplié de me donner une deuxième chance. Je me suis soumise à lui. Trop soumise. Il a fini par accepter. Je lui aid onc promis que je couperai les ponts avec mon ami, Mehdi, pour regagner sa confiance.
Ce soir-là, c'était la première fois qu'on avait presque passé le cap. Nous n'avions pas fait l'amour, je n'étais pas encore prête. On s'est arrêté au stade des préliminaires. C'était là première et dernière fois qu'il m'avait touchée. Au bout d'une heure à peu près, je suis partie, heureuse d'avoir retrouver l'homme de ma vie.
On est resté deux mois de plus ensemble. Et pendant ces deux mois, j'ai réalisé que je n'aurai jamais dû lui demander de me donner une deuxième chance. Le garçon timide et doux que je connaissais s'était transformé en sado-mazochiste. Son fantasme qu'il m'a caché pendant huit mois et c'était pas plus mal. Je n'aurai jamais cru ça de lui. Ce n'était plus mon corps qui l'excitait mais mes vêtements. Ou plutôt, certaines matières. Il me faisait peur, je ne le reconnaissais plus. Je ne savais pas où je mettais les pieds, mais je l'aimais.
Un soir, il m'a invité à dormir chez lui.Je pensais qu'on allait passer une soirée tranquille, en amoureux. Mais au moment de se coucher, il m'a dit qu'il avait envie de moi. Je lui ai expliquer que je n'étais touours pas prête, qu'il me fallait un peu de temps. Il faisait un peu la tête mais au bout d'un moment, il m'a regardé droit dans les yeux en souriant. Son sourire me faisait peur. Ce n'était pas celui que j'avais connu. C'était un sourire vicieux. Il avait pris mes mains, a sorti un lacet de son jogging et m'a attaché aux barreaux du lit. Il serrait de plus en plus fort. Je pleurais; Je hurlais. Mais il n'arrêtait pas. Et personne ne pouvait m'entendre, ses parents étaient partis au restaurant. J'avais mal, je ne sentais plus mes poignets. Ca me brûlait. Sans doute à cause du frottement quand je me débattais. Il ne me touchait pas, il se masturbait, simplement, comme si ce qu'il faisait était naturel.
Plus j'avais mal, plus ça l'excitait. La nuit était longue, très longue. Le temps ne s'est jamais écoulé aussi lentement. Dès qu'il a eu envie de jouir, il s'est arrêté. Je croyais que ce cauchemar était fini, que ça lui était passé mais il me demanda de lui faire une fellation. Rien que d'entendre ce mot, j'étais dégoûtée alors j'ai refusé. Mais il savait très bien que j'étais soumise et que j'étais très amoureuse de lui alors il m'a fait du chantage. Il m'a dit que si je ne le lui faisais pas, il me quitterait. Je ne pouvais pas choisir. Je l'aimais mais je ne voulais pas faire ça. Comme une imbécile, j'ai accepté et à chaque fois je partais aux toilettes pour vomir. C'était répugniant. Beaucoup de gens diraient que c'est n'importe quoi, que j'aurai pu refuser. Mais quand on aime vraiment quelqu'un au point d'en mourir, qu'on y consacre toute sa vie, alors on accepte tout sans réfléchir et sans penser aux conséquences. Je trouvais cela vraiment dégoûtant mais je me forçais pour pouvoir rester avec lui aussi longtemps que possible. Durant deux mois j'ai subi sa violence et son chantage. Je n'osais plus refuser, j'avais peur qu'il fasse quelque chose de pire comme me frapper ou me violer. De toute façon, il était trop tard. Le cauchemar avait commencé. J'étais perdue et je croyais que Mickaël était ma seule issue de secours. Pendant deux mois, j'ai souffert en silence, je n'osais pas en parler, peur d'être jugée.
Il a donc attendu ces deux mois de plus, pour m'annoncer qu'il ne voulait vraiment plus sortir avec moi. Je l'ai harcelé durant deux mois encore pour qu'il reste avec moi mais cette fois, il était bien décidé à me quitter. Il m'a fait énormément de mal mais je l'aimais comme au premier jour. Je ne pouvais pas me séparer de lui. C'était mon seul repère. Peut-être était-ce parce que j'avais peur de lui. Je dirais plutôt que c'était l'amour qui m'a rendu comme ça, faible, soumise, perdue... J'ai tenté trois fugues. La plus longue a duré au moins quatre heures, seule, dans le noir. Je voulais mourir, c'est tout. C'était la période où j'ai commencé à prendre de la drogue douce aussi, pour essayer d'oublier cet amour confus. Mais l'amour a toujours refait surface. Je n'arrivais pas à oublier Mickaël ni à le détester. Je culpabilisais. Je me disais que si j'avais été différente avec lui, on en serait pas arrivé là. Puis, j'ai éprouvé le besoin de me mutiler, avec un cutter. Ca me faisait du bien. Ca me calmait quand je faisais des crises de nerfs. J'avais l'impression qu'à chaque coupure, ma douleur partait un peu plus. Quand je regardais mon sang couler, je me sentais vivre. Puis finalement, j'en ai eu marre de me sentir en vie, de voir que mon sang coulait toujours mais que mon mal était toujours là, au fond de mon coeur. Alors, j'ai fais des tentative de suicide en essayant de m'ouvrir les veines mais je m'étais rendue compte que j'avais peur. Peur de mourir. Alors j'ai arrêté. Je ne comprennais pas ce qu'il se passait. Je voulais mourir mais j'avais peur de la mort. C'était incohérent.
Au mois de mai, je suis partie en Espagne pendant cinq jours avec toutes les classes de troisième. Un bon moyen de me changer les idées. Mais la mort a failli m'avoir sans que je m'en rende compte. En effet, je suis diabétique depuis l'âge de 11 ans et durant ce voyage, je ne faisais plus mes piqûres d'insuline qui permettaient de me maintenir en vie, je mangeais n'importe quoi, n'importe quand.C'était la première fois que cela m'arrivait et sur le coup je ne m'apercevais pas de ce que je faisais. Pour moi, tout était normal, j'avais oublié la maladie, elle n'existait plus. La mort s'approchait de moi pas à pas.
Le dernier jour du voyage, j'étais malade, à cause du manque d'insuline. J'ai vomi plus de vingt fois. Mon ventre était vide mais ça sortait toujours. J'avais des crampes à l'estomac. J'ai dû perdre au mois cinq kilos. Ma prof d'Espagnol, Mme Laïfa, m'a emmené aux urgences. J'ai fait un semi-coma. Je ne me rappelais pas de grand chose à mon réveille. Je me souviens que les médecins m'ont déshabillé, puis m'ont enlevé mon piercing de nombril, ensuite mon lavé et enfin, ils m'ont mis une sonde. C'était le court moment dont je me souviens. Je m'étais vite rendormie mais la sonde m'a réveillé en sursaut tellement j'ai eu mal. D'ailleurs la douleur est toujours présente quand j'y repense. Quand je m'étais réveillée pour de bon, je ne savais pas quel jour on était, ni quelle heure, je ne me rappelais plus que des mauvais souvenirs. Les bons se sont envolés. Je n'arrivais plus à réfléchir. Ma seule pensée était basée sur Mickaël. Je ne l'avais toujours pas oublier et il me manquait. Je ne faisait que de pleurer. Ma prof essayait du mieux qu'elle le pouvait de me rassurer. Je lui dois beaucoup. Elle était restée durant une semaine de plus à Barcelone pour être avec moi. Un autre prof aurait pu l'a remplacé mais c'est elle qui s'était dévouée. Je me suis rendue compte que j'avais gâché son séjour dans ce magnifique pays à l'étanger. C'était dur de vivre aussi loin de mon village. Ma famille et mes amis me manquaient. Même le collège me manquait alors que je le détestais. C'était une vraie prison. Mais cette prison, je voulais la retrouver. Il y a des moments, je ne savais même pas pourquoi je pleurais, mais je me laissais aller, ne pouvant plus retenir mes larmes. La mort hantait toujours mon esprit.
Plus les jours passaient et plus je me sentais seule, perdue, isolée de tout. À mon arrivée en France, j'ai assisté qu'à une seule journée de cours et c'était bien la première fois que j'étais contente de retrouver mon collège. Le soir, en rentrant chez moi, mon père m'annonça qu'il fallait qu'on aille à l'hôpital pour chercher des cachets. Je trouvais ça bizarre mais ma confiance était aveugle.
Quand je suis arrivée à l'hôpital, une infirmière est venue vers moi pour me dire que d'ici dix minutes, elle me montrerait ma chambre. Je ne comprenais plus rien. Pourquoi devrait-elle me montrer ma chambre puisque j'étais seulement de passage ? Tout se bouscula dans ma tête, tout se mélangea. J'ai couru vers mon père qui se tenait quelques mètres derrière moi dans le long couloir de l'hôpital. J'étais en larmes. Je hurlais en lui demandant de m'expliquer ce qu'il se passait, pourquoi je devais restée là. Il m'a seulement dit : "C'est pour ton bien ma Puce". Ses mots résonnaient dans ma tête. Je ne comprenais toujours pas. Pourquoi ? Je n'avais pas besoin d'aide, je voulais juste rentrer chez moi. Mon père avait les larmes aux yeux. J'étais tellement à bout que je suis allée m'effondrer sur le lit que l'infirmière m'a montré. Je n'arrivais pas à m'arrêter de pleurer. Je me suis sentie trahi, une nouvelle fois. Un infirmier est venu s'occupé de moi. Il savait ce que je ressentais car avant de travailler dans le service de pédiatrie, il travaillait en psychiatrie. Je n'avais pas besoin de parler, il savait déjà ce qui n'allait pas, il s'est tout de suite rendu compte que je me sentais perdue, que je ne trouvais plus ma place dans ce monde.
Je devais restée en pédiatrie en attendant qu'une place se libère dans le service psychiatrique pour adolescents, au rez-de-chaussée. En attendant je voyais une psychologue de temps en temps qui ne m'a servi à rien car je ne voulais parler à personne. Par contre, elle m'avait appris que ma mère avait lu mon journal intime. Ca m'a mis hors de moi. Elle sait tout de ce qu'il s'est passé avec Michaël, du moins je pense. Nouvelle trahison, encore plus dure à supporter. J'en avais vraiment marre. La psy a conclu que si je n'avais pas fais mes piqûres durant le voyage, c'était parce que je n'allais pas bien. Quel déduction !
Le temps passait lentement mais une place s'était quand même libérée en psychiatrie. Enfin ! Je ne savais plus où j'en étais. Tous les jours j'espèrais que Michaël vienne me rendre visite. Ma mère l'avait mis au courant de mon état et de l'endroit où j'étais hospitalisée. Mais il n'est jamais venu. Il m'oubliait alors que moi je l'aimais encore. Je le voyais seulement quand j'avais des permissions de sortie, le week-end. J'allais le voir chez lui, comme avant. Un jour il faisait comme si on sortait encore ensemble et le lendemain, il me rejetait. Je ne comprenais pas. Je ne savais pas si j'étais encore avec lui ou pas. Tout s'embrouillait dans ma tête et il n'arrangeait pas les choses en jouant avec moi. J'espèrais qu'au fond de lui, il m'aimait encore un peu mais il n'était rien.
Les journées étaient longues à l'hôpital, il n'y avait rien à faire, on n'avait même pas le droit de sortir pour aller chercher des cigarettes. Il fallait que ce soit un éducateur qui y aille et comme ils étaient presque toujours en réunion, c'était rare. On ne pouvait même pas profiter du beau temps. En plein été, on était enfermé dans un endroit où même les fenêtres avaient des barreaux. Et là où il n'y en avait pas, c'était un cadenas qui nous empêchait d'ouvrir la fenêtre. Une vraie prison. C'était dur de retrouver le moral.
Grâce à des amis que je m'étais faites à l'hôpital, j'arrivais petit à petit à oublier Michaël. J'avais même juré qu'un jour je me vengerai mais je ne savais pas encore comment. Je suis restée deux semaines en psychiatrie. Après, je suis rentrée chez moi et c'était les vacances d'été, je ne pouvais plus voir mes amis. Je voyais la psy une fois par mois, puis une fois tous les deux mois. Elle espaçait les rendez-vous puisqu'elle croyait que j'allais mieux. Je prenais des antidépresseurs et des somnifères tous les jours, sans que rien ne change.
Au bout de quelques mois, j'avais enfin trouvé une idée de vengeance. Je suis allée voir ma psy et je lui ai annoncé que je voulais porté plainte contre mon ex petit copain. Je ne lui avais pas dis qu'il m'avait forcé à lui faire une fellation, je n'en avais pas le courage et j'avais honte de moi. Je lui ai seulement raconté qu'il m'avait attaché de force, pour son propre plaisir. Je lui avais bien expliqué les détails, à quel point j'avais mal quand il serrait de plus en plus fort, quand je ne pouvais pas me débattre parce qu'il était largement plus fort que moi. Mais sa seule réaction a été de me dire que s'il n'y avait que ça, je ne pouvais pas porter plainte car ça n'aurait servi à rien. Elle disait que ce n'était pas assez grave pour qu'il y ait des suites. J'étais déçue et énervée à la fois. Fallait-il que je meurs pour qu'il y ait des conséquences ? Je n'en revenais pas. Ma vengeance tombait à l'eau. Je ne pouvais rien faire pour le punir. Ce malade était toujours en liberté et il pouvait donc encore faire du mal à d'autres filles aussi perdues que moi et appeurées par son chantage et son regard. Ce regard si froid... Bref, ce qu'elle m'avait dit m'a encore plus découragé pour lui raconter mon histoire, l'autre histoire que j'ai dû subir.
Aujourd'hui, au moment où j'écris ce livre, j'ai 16 ans. Ca fait à peu près un an et demi que cette histoire s'est déroulée. Je suis toujours sous antidépresseurs. J'avais arrêté d'en prendre en juillet 2005. À ce moment-là, ça faisait un an jour pour jour que j'en prenais. J'en ai repris en novembre 2005, j'ai pété les plombs à cause de quelques problèmes de famille et surtout à cause de mon passé. J'ai réussi à oublier Mickaël mais pas ce qu'il m'a fait. J'ai toujours peur de lui, peur de le revoir un jour et qu'il finisse ce qu'il a commencé.
De temps en temps, j'ai comme des flashs revoyant ce malade me faire du mal. Mais je n'en parle plus à ma psychiatre, de peur qu'elle se moque de moi et surtout parce que j'ai toujours honte de ce qu'il s'est passé. Ma vie ne se base que sur mon passé que j'aimerai tant oublier une bonne fois pour toute. Je n'ai toujours pas trouvé de vengeance et je ne peux toujours pas porter plainte car je n'arrive pas encore à en parler. Et je crains qu'il ne soit trop tard pour le faire. J'ai refais plusieurs tentatives de suicide qui n'ont menées nul part. Je sais bien que ce n'est pas une solution mais quand on a pas d'avenir ni de présent et qu'on est nue, ce n'est pas facile de s'en sortir...